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[TEST] Outlast II

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Le 07/05/2017

Si lors de sa sortie en 2013, Outlast avait mis tout le monde d’accord, c’est parce qu’il dépoussiérait le genre du survival-horror qui à l’époque commençait à tourner en rond. Ce virage avait commencé à s'amorcer avec le succès d’Amnesia, amenant au grand public un nouveau genre de jeu qui avait la particularité de ne proposer aucun moyen de se défendre face aux ennemis et qui privilégiait la fuite et la discrétion comme seule alternative. Face à ce succès à la fois critique et commercial, sa suite était bien évidemment attendue au tournant par beaucoup de fans et de curieux. La question est de savoir si, aujourd’hui avec Outlast II, les p’tits gars de chez Red Barrels ont réussi à réitérer le coup de maître.

 


Outlast 2

 

 

Fais-moi peur

 

Coup de maître n’est pas un euphémisme quand on se penche sur le cas d’Outlast. Il n’aura suffit que d’un seul titre et de surcroît leur premier, pour que le petit studio indépendant passe de total inconnu à référence du genre. En proposant un gameplay basique et accessible reposant sur un jeu du chat et de la souris, la part belle pouvait être donnée à l’ambiance et à la mise en scène que les développeurs avaient voulu malsaine et oppressante.

 

Bienvenue chez les crasseuxBienvenue chez les crasseux

 

 

Resident Evil s’en est d’ailleurs beaucoup inspiré avec son septième épisode qui se voulait comme un retour aux sources, la boucle était donc bouclée, le grand maître de l’horreur ayant pioché dans les productions de ses enfants spirituels afin de se renouveler. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et ce nouvel Outlast amenait avec lui son lot d’espoir pour les amateurs de sueurs froides et de mains moites.

 

 

Elle est où la caméra ?

 

Avant d’aborder l’histoire, il convient de faire une petite précision sur le gameplay. Pour ceux qui ont touché au premier épisode point de dépaysement ici car le soft repose toujours sur l’utilisation de la caméra fonctionnant avec des piles et ayant l’avantage de disposer d’une vision nocturne qui sera bien utile, le jeu se déroulant exclusivement de nuit. Le héros n’ayant pas d’armes vous serez en permanence obligés de vous cacher ou de prendre vos jambes à votre cou en sachant que les ennemis font extrêment mal et peuvent parfois vous tuer en un coup.

 

Ça va trancher chérieÇa va trancher chérie

 

 

Lorsque vous êtes cachés et que ces derniers patrouillent, ils ont d’ailleurs la fâcheuse tendance à le faire autour de vous. Si vous vous déplacez sans être vu, ils changeront leur routine pour venir faire leurs rondes à côté de vous… Certaines fois, ils fonceront directement sur le joueur alors qu’ils n’ont aucune idée de sa cachette ce qui incite au final à courir dans le tas en espérant trouver un chemin plutôt qu’à jouer discrètement. En plus des piles il est possible de ramasser des bandages afin de vous soigner. Vous pourrez vérifier votre stock de consommables directement sur vous en regardant vos poches ce qui est une idée absolument géniale et qui renforce l’immersion.

 

La gestion de l'inventaire est originaleLa gestion de l'inventaire est originale

 

 

Petite nouveauté cependant, une fonction enregistrement  qui permet à certains endroits clés de visualiser une séquence que vous aurez filmé avec votre caméra et qui, une fois que vous la visionnerez, sera commentée par le héros. Ces passages donnent fréquemment lieu à des réactions totalement décalées voir parfois risibles tant elles sont pour la plupart du temps totalement hors-sujet. La faute à un doublage français du protagoniste généralement très moyen, le plus souvent carrément mauvais.

 

Un micro est désormais disponible dans la caméra et lorsque vous l'activez il est possible d'entendre les ennemis marcher et parler ce qui vous donnera une petite idée d'où ils se trouvent afin de planifier vos prochains déplacements.

 

Notons par ailleurs la possibilité de bloquer les portes avec du mobilier, feature anecdotique tant elle ne sera pas utilisée, la fuite en avant étant à chaque fois la meilleure option.

 

 

J’ai encore rêvé d’elle

 

Blake, que l’on incarne, est accompagné de sa femme Lynn afin de couvrir le cas mystérieux d’une femme retrouvée morte en Arizona, appelée ici Jane Doe, comprenez “sans identité”. Nos deux journalistes travaillent pour un site web menant des enquêtes afin d’élucider des faits divers criminels et profitent d’une ballade en hélicoptère sur la zone de la découverte morbide en quête d’un scoop. Une vive lumière, un son assourdissant et l’engin subit une avarie se concluant par un crash en plein milieu de la pampa. Vous vous réveillez seul et partez donc en quête de votre chère et tendre avec pour seule arme votre caméscope indestructible et sa fameuse vision nocturne.

 

Ça a bien changé chez les IngallsÇa a bien changé chez les Ingalls

 

 

Par chance un village se trouve un peu plus loin mais vous comprendrez rapidement que les intentions des autochtones seront loin d’être louables car gangrénés par une secte faisant la part belle à la violence, au meurtre et autres pratiques peu catholiques. Envers et contre tous, il faudra vous frayer un chemin afin de percer les mystères qui entourent cette charmante petite communauté d’illuminés.
 

 

Jesus revient parmi les tiens

 

La chapelle La chapelle 

 

 

La religion comme leitmotiv, elle est au centre de cet opus et tout du long nous serons abreuvés de références bibliques de part la présence de nombreuses croix, de statues de la Vierge et de Jésus ainsi que de nombreuses métaphores religieuses. Le jeu oscille entre le monde “réel” et le monde du souvenir qui prend place durant l’année de quatrième de Blake dans son collège catholique et qui est lié à un événement traumatisant de sa jeunesse. Vous passerez de l’un à l’autre sans transition et c’est à chaque fois un petit bonheur en terme de mise en scène et, il faut l’avouer, c’est vraiment impressionnant.

 

Certaines scènes sont mémorablesCertaines scènes sont mémorables

 

 

Le récit est quant à lui conté principalement via des notes ou des lettres que vous pouvez ramasser un peu partout au fil de l’aventure sans véritable lien évident avec l’histoire personnelle de Blake. Ces “séquences souvenir” sont par ailleurs mieux maîtrisées que la trame principale autant en terme de réalisation et de narration qu’en angoisses qu’elles réussissent à faire naître. Les souvenirs de Blake ayant pour cadre l’enceinte d’un collège la nuit, le sentiment d’oppression est plus grand et chaque bruit ne manquera pas de vous faire sursauter. Les décors sont beaucoup plus détaillés et les textures magnifiques avec une gestion de l’éclairage totalement maîtrisée qui rappellent énormément le très regretté PT. Par contre, le retour à la réalité est plutôt amer. Le jeu évoluant dans un cadre beaucoup plus ouvert ce sentiment d'oppression disparaît et les relents claustrophobiques du premier opus s’envolent totalement.
 

 

Welcome Home Sanitarium

 

Loin des asiles psychiatriques et des égouts crasseux, cette suite s’ouvre au plein air, montrant la volonté des développeurs d’amener un peu de liberté au joueur. Point de monde ouvert ici néanmoins, puisque sous ses apparences panoramiques, vous évoluerez dans un grand couloir en ligne droite. Aucun retour en arrière ne sera à faire dans le jeu puisque celui-ci est une autoroute sur laquelle vous roulerez tout droit et le plus fréquemment à tout berzingue. Comptez 7 à 8 heures de jeu, en prenant le temps.

 

Si son aîné disposait de quelques scènes de course-poursuite qui donnait lieu à de grosses montées d’adrénaline, Outlast II fait malheureusement dans la surenchère, nous abreuvant de cette mécanique de gameplay. Tout cela couplé avec énormément de die and retry, vous forçant à refaire maintes fois la même séquence afin de trouver LA solution, la tension s’évapore et laisse peu à peu place à la frustration.

 

 

Chair de poule

 

Car la peur, comme la joie et la tristesse, ne peuvent fonctionner réellement que si elles reposent sur un équilibre parfait entre le repos et l’émotion là où Resident Evil, dans ses premières moutures, proposait des salles de sauvegarde. Havres de paix, elles permettaient de reprendre ses esprits et de retrouver une certaine sérénité qui rassurait le joueur afin de faire redescendre la tension pour faire remonter le trouillomètre dix minutes plus tard.

 

Le jeu n'est pas à mettre entre toutes les mainsLe jeu n'est pas à mettre entre toutes les mains

 

 

Cet équilibre, Outlast II ne l’a pas et en voulant mettre le joueur sous pression à chaque instant et souhaitant en faire trop, il le fatigue et le pousse à s’habituer à cette peur qui au final n’a plus aucun effet puisque devenue banale. Cela se ressent à partir d’un certain moment du soft et ce sentiment perdure jusqu’à la fin, le jeu n’arrivant plus à se renouveler.

 

 

Gare à ce que vous voyez, petits yeux

 

Quelqu'un aurait du Destop ?Quelqu'un aurait du Destop ?

 

 

Voulant jouer la carte du mystère, le scénario ne parvient pas à accrocher et l’on ne s’attache pas aux personnages et encore moins à son héros dont les réactions sont ridicules et les commentaires insipides. Il n’y a que l’histoire tragique de la petite Jessica, racontée via les souvenirs de Blake, qui aborde des thèmes forts et dont les apparitions raviveront l’intérêt en nous tenant un peu en haleine mais qui n’a que peu d’impact sur la trame principale. C’est désolant car le jeu se serait concentré sur cela et c’était le sans-faute, l’univers mis en place durant ces scènes étant crédible et ayant du sens alors que le reste peine à convaincre.

 

Une esthétique frôlant parfois la perfectionUne esthétique frôlant parfois la perfection

 

 

En dépit de tout ses défauts, il convient de souligner une direction artistique morbide parfaitement remarquable avec des effets de lumière saisissants en extérieur et forçant le respect dans les scènes en intérieur. Testé dans sa version PS4, le jeu est un vrai plaisir pour les yeux ainsi qu’en terme de jouabilité et dispose d’un framerate irréprochable. Les commandes sont simples et intuitives, facilement assimilables. Privilégiez tout de même d’y jouer en difficulté cauchemardesque minimum et dans les conditions optimales à ce genre de jeux à savoir dans le noir, un casque vissé sur la tête, sinon vous passerez à côté de l’effet escompté.

 

 

Les bruits de la maison

 

Il faut saluer le travail énorme qui a été réalisé sur tous les sons ambiants et les bruitages de même que sur leur positionnement dans l’espace. Ils sont clairement effrayants en début de jeu et retranscrivent très fidèlement l’atmosphère des lieux qui se veut pleinement lugubre. Lors des courses poursuites, il ne sera pas rare d’entendre vos assaillants dire “Il est à l’étage” ou “il est rentré là dedans” ce qui fait toujours son petit effet.

 

Une gestion de la lumière admirableUne gestion de la lumière admirable

 

 

La bande originale n’est pas en reste puisque le compositeur du premier épisode a repris les armes, faisant à nouveau crisser les violons à nos oreilles pour notre plus grand plaisir. Certaines compositions semblent tout droit sorties d’un film de Kubrick et les cinéphiles remarqueront les petits détails hommages totalement assumés qui parsèment toute l’aventure.


Carrie, Shining, 2001, les références sont nombreuses
Carrie, Shining, 2001, les références sont nombreuses

  • JOUABILITÉ

    17

    Les commandes sont simples et répondent comme il faut. Le jeu est fluide et les séquences de course-poursuite se passent généralement sans accroc.

  • GRAPHISMES

    18

    La qualité graphique du soft se place en haut du panier des productions actuelles avec des effets de lumières et de particules magnifiques. Les textures sont le plus souvent fines et très détaillés, notamment avec les notes sur lesquelles vous pouvez zoomer sans problème. On reprochera peut être une animation des visages et des personnages un peu grossière parfois.

  • BANDE SON

    17

    Ici encore, du très très bon avec des musiques magnifiquement lugubres et qui installent très vite une ambiance lourde et étouffante. La gestion des effets sonores n'est pas en reste puisqu'elle contribue grandement à créer une atmosphère dérangeante pour peu que vous en profitiez dans des conditions optimales. Faites le jeu avec un casque !

  • DURÉE DE VIE

    12

    Avec moins d'une dizaine d'heures pour terminer le jeu en prenant le temps d'explorer, la durée de vie du soft n'est pas son point fort. Couplé à une rejouabilité quasi nulle, vous n'y retournerez certainement pas car une fois le frisson de la découverte passé, le jeu très scripté n'offre plus de surprises.

  • SCÉNARIO

    11

    Ce n'est pas la simplicité du scénario qui est ici visée par cette note mais son incapacité à  nous surprendre et à  répondre aux questions qu'il soulève. Les thèmes abordés étaient pourtant courageux, et il faut le saluer, mais ne sont jamais approfondis. Nous passons la totalité de l'aventure à survoler des sujets originaux, rarement traités dans un jeu vidéo, pour ne jamais aller au fond. C'est très frustrant.

    • Points positifs

      • Réalisation et direction artistique impeccables
      • Vraiment angoissant au début de l'aventure
      • L'ambiance sonore et les musiques
      • Difficile comme il faut
      • Les poches comme inventaire
    • Points négatifs

      • Très court
      • Ne fait plus peur à partir d'un certain point
      • L'histoire principale totalement inintéressante
      • Le die and retry frustrant
      • Le héros insupportable
      • L'IA totalement à la ramasse
      • Une fin qui n'apporte pas assez de réponses

    Conclusion

    Parfois effrayant mais souvent agaçant, Outlast II ne frôle que très rarement le très bon. Les premières heures sauront vous tenir en haleine avec une ambiance lourde et oppressante. Mais, ne trouvant pas son rythme de croisière, le soufflé retombera très vite au point d'étouffer le joueur en basculant dans la recette facile de la surenchère de gore et de sanguinolent banalisant ainsi une violence qui ne choquera plus. Cet opus apporte avec lui des thèmes matures qui malheureusement ne sont pas traités avec la subtilité qui aurait donné toute sa force à ces drames dont nous sommes témoins. Quelques scènes maîtrisées resteront cependant gravées en mémoire une fois le jeu terminé, le reste n'étant qu'anecdotique tant l'impact du récit n'arrive pas à  émouvoir ou à faire naître un quelconque sentiment d'empathie vis à vis des personnages. Malgré ses lacunes, Outlast II ne manquera pas de nous faire vibrer grâce à  des plans superbes et une direction artistique horrifique frôlant quelquefois la perfection en termes de beauté morbide.

    12

  • Les avis du staff

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    Commentaires (2)

    brutebadgone a écrit un commentaire le 15/05/2017 à 00:11

    faut que je le fasse se jeux , j'ai terminé le 1 il y a pas longtemp

    mr.Pablo a écrit un commentaire le 27/07/2017 à 12:59

    Mon meilleur horreur également avec Amnesia, SOMA et Alien:Isolation. J'ai aimé la suite (le fait intéressant, ce qu'elle a le rapport avec les événements qui avaient vraiment lieu en 1978 à Jonestown, ville du Guyana - [url:3a56t8x0]https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_du_Peuple#Jeux_vid.C3.A9o[/url:3a56t8x0]), ici on a évoqué le sujet plus philosophique qui concerne la religion et les conséquences terribles que peut provoquer le fanatisme. Cependant je dois avouer que perso pour moi DLC Whistleblower reste le meilleur dans la série. Et le plus épouvantable.

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    Fiche du jeu

    Outlast II

    Outlast II

    Support : Xbox One

    Editeur : Red Barrels

    Développeur : Red Barrels

    Genre :Survival-Horror

    Multijoueur :

    Moyenne des joueurs : - / 20

    Moyenne de la presse : - / 20

    Galerie d'images

    Qui est notre testeur ?

    Swanley : Testeur écrit

    Je joue aux jeux vidéo, j'écris dessus parfois. Joueur touche a tout depuis qu'une NES est arrivée chez moi, je ne compte plus heures passer a fixer des écrans lumineux tout en martelant des boutons. Grand amateur de Dark Souls et de Metal Gear Solid qui a une place très importante dans mon coeur et je suis capable d'en réciter les dialogues.